Eau Delà

Texte écrit pour un concours de nouvelles – contraintes de 3000 caractères
Thème imposé : Au delà

Jacques Pausanias avait poussé son dernier soupir.
Les chaînes de télévision du monde entier relayaient l’information et toutes ses conséquences depuis quelques jours déjà : “ Alors que Jacques Pausanias, troisième fortune mondiale, s’est éteint dans la nuit de Mardi à Mercredi; la question de sa succession est une affaire qui va très certainement connaître de nombreux rebondissements durant les mois à venir.”

Jacques se réveilla soudainement.
Allongé sur la rive d’un fleuve sur lequel flottait une brume aussi noire que la nuit, il fut frappé par l’assourdissant vacarme qui occupait les lieux. Des millions de personnes occupaient l’infinie rive du fleuve.
Un vieil homme à l’aspect revêche et peu commode vint à sa rencontre :
“Mes condoléances. J’suis connu sous le nom de Charon. J’suis l’passeur, c’est moi qui vous accompagne vers l’au-delà. Z’avez de quoi payer le voyage ?
– C’est un peu brut comme accueil. C’est combien ?
– Une pièce. Le prix a jamais changé, c’est un peu la fierté d’la maison.”

Jacques fouilla ses poches. Vides. Lui, anciennement fortune mondiale, n’avait pas une seule pièce de monnaie sur lui pour payer le plus important des voyages.
Il n’aurait jamais cru que les histoires concernant l’au-delà étaient fondées.
“Si vous avez pas d’pièce, allez rejoindre tous les aut’ radins ! Vous attendrez cent ans avant de commencer vot’ voyage vers l’au-delà, c’est la punition pour vot’ manque de considération !”
Le vieil homme grommela puis partit accueillir un nouvel arrivant.
Jacques avait passé sa vie à négocier. Il ne s’avoua pas vaincu si rapidement.
Il rattrapa Charon et se planta devant lui:
“Écoutez, je possédais assez de pièces de mon vivant pour remplir votre barque. Il y a sûrement un moyen de s’arranger.
– Ah ! V’là l’ponpon, z’êtes le roi des rapiats vous alors !
– Je ne savais pas que cette ancienne tradition était perpétuée.
– Dîtes que j’suis un arriéré aussi ! J’commence à m’dire que même si vous aviez une pièce, j’vous en demanderais deux vu vot’ insolence !
– Pardonnez moi, Monsieur Charon, je ne demande qu’à vous prouver ma bonne volonté.
J’ai quelque chose à vous proposer.
– Proposez moi alors, au moins, vous m’ferez peut être rire !
– Si vous me ressuscitez pour quelques jours, je demanderais à être enterré avec toute ma fortune. Il y aurait des pièces pour toutes les âmes perdues qui attendent sur cette rive ! Vu le bruit qu’elles font, ça vous ferait un peu de repos.
– Ça alors, j’vous avoue que c’est la première fois qu’on me propose ça…
Hum, c’est tentant mais je sais pas si c’est réglementaire, ça me paraît un peu alambiqué vot’ histoire ! Laissez moi un instant pour vérifier tout ça.”

Le vieil homme sortit un vieux grimoire écorné et grisâtre de ses haillons et le consulta pendant de longues minutes.
« Eh bien, j’ai pas trouvé de contre indications. Par contre, techniquement, j’peux pas vous ressusciter, j’peux juste vous donner un laissez-passer temporaire pour le monde des vivants. Mais attention, hein, si vous revenez sans tout ce joli magot, vous ferez la signalisation pour les nouvelles âmes pendant deux cent ans ! Z’avez trois jours.
– Vendu.”


Jacques se réveilla, bel et bien vivant. Ses yeux ne percevaient que l’obscurité totale de l’endroit dans lequel il se trouvait. Il voulut se relever et se cogna brutalement la tête.
Il voulut bouger et sentit son corps bloqué de toutes parts par des parois en bois.
Soudainement, il comprit. Son retour parmi les vivants commençait très mal. Il était déjà six pieds sous terre.

Rassemblement National

Concours de nouvelles Auféminin 2019 (3000 signes maximum)
Thème : Tremblez, tremblez, la sorcière
est de retour !

Un homme gras au visage bouffi montait sur l’estrade fraîchement installée sur la place du village de Sialac. Il était vêtu d’un riche pourpoint rouge, frappé d’une flamme sur le haut de la poitrine. La dernière visite officielle remontant à plus de deux-cents lunes, l’arrivée d’un carrosse eut l’effet immédiat d’attirer toutes les âmes du village. 

L’homme sur l’estrade s’adressa à l’assemblée d’une voix puissante et grave : 
“Villageois de Sialac ! Je suis Norcam, Grand Purificateur de l’Ordre de la Flamme.
Ma présence, hélas, n’est malheureusement pas annonciatrice de réjouissances…

Murmures.

– Je viens vous prévenir d’un terrible danger.”
Silence théâtral. Un villageois ne put s’empêcher de le briser.
– La peste ? C’est la peste qu’est de retour Sire ?!
– Bien pire ! Tremblez villageois, tremblez, car la Sorcière des Flots est de retour !”

Lire la suite « Rassemblement National »

Dé-chaîné

Concours de nouvelles Auféminin 2019 (3000 signes maximum)
Thème : Le photocopieur était en panne

Tour Montparnasse, 47ème étage. 23H54.

L’immonde lumière verdâtre des néons se reflétait sur un crâne chauve et luisant.
Niel enchaînait, enchaîné, les allers-retours entre son bureau et le photocopieur trônant fièrement au milieu de l’open space.
Point de départ et de clôture de tout dossier, le photocopieur était le Roi qui gouvernait en ces lieux. Obèse, immonde, il fallait pourtant toujours l’alimenter et le cajoler sous peine de ne jamais voir l’ombre d’un papier. 

Lire la suite « Dé-chaîné »

Pourtant, je garde espoir

Concours de nouvelles Auféminin 2019 (3000 signes maximum)
Thème : Écoute les arbres parler


Nous, les arbres, nous discutons. Énormément. 
Être immobile nous oblige à porter notre voix.
Mes frères et soeurs m’ont appris que tu parlais de nous mais en particulier, de moi. Il paraît que tu déclares nous aimer, que tu déclares m’aimer.
Oui, c’est bien moi, l’arbre dans lequel tu t’es jadis promené plus de fois que je n’ai de feuilles. J’espère que mes mots qui bruissent en cet instant te parviendront et que le téléphone non-arable ne déformera pas trop mes propos. 

Je t’avoue que je suis surpris par ces déclarations. M’aimes-tu encore ?
Je pensais que tu m’avais définitivement oublié.Tu sais, aimer, c’est une quantité de choses.
Aimer, c’est se remémorer, revoir, vivre et partager. 
Aimer, c’est cultiver sa connaissance de l’autre.
C’est de cet amour là que je te parle, un amour engagé, vital, vivant, vibrant, qui bourgeonne.

Lire la suite « Pourtant, je garde espoir »

Reflet

Thème imposé : Le miroir

Hier encore, le miroir de ma cellule reflétait mon corps nu.
Je contemplais ce reflet chaque jour, toujours plus, au point de m’y perdre.

Je pouvais me comprendre et comprendre le regard des autres, comprendre la place que j’avais et celle que je n’avais pas.
J’étais grandiose, ridicule, gigantesque, infime.
Mais ce moment, si enivrant était-il, ne pouvait rivaliser avec l’instant où nos regards se croisaient.
Cet instant me permettait de fuir l’effrayante solitude de mon quotidien.

Lire la suite « Reflet »

Je pars

Thème du concours : Je l’aimais
ATTENTION: cette nouvelle peut réveiller de douloureux souvenirs pour certains.

Je ne m’en rends compte qu’en cet instant.
Je n’avais pas compris qu’il suffisait de profiter, de se concentrer sur ces petits détails qui éclairent une journée, si pour autant on les remarque.
Je pense à l’odeur d’anniversaire qui s’échappe des bougies fraîchement éteintes, au contact rêche et rassurant de l’écorce des arbres ou encore au léger et amusant son du triangle pendant un concert de musique classique.
C’est étrange comme l’ordre des choses peut subitement être bouleversé.
Les détails qui me semblaient insignifiants jusqu’à cet instant sont ceux qui me manquent déjà tandis que ceux qui n’ont cessé de m’importer toute ma vie sont désormais vides de sens.

Lire la suite « Je pars »

Il neigeait.

Elle n’avait que six ans.
Chacun de ses petits pas provoquaient un léger crissement, lequel était toutefois un vacarme face au silence glacé et majestueux qui régnait.
Les rues, les voitures et les maisons étaient couvertes d’un épais manteau blanc qui laissait flotter dans l’air une odeur de vacances et de luges avec les copains

Lire la suite « Il neigeait. »

Bleue

Sur une plage de Normandie, un enfant courait le long de l’eau, en agitant dans tous les sens ses bras et ses mains, le bruit de ses petites bottes étouffé par le sable fin. De ses petits yeux aussi bleus que l’était le ciel en ce jour, il tentait de comprendre la mer et ses vagues. Jean, si petit, voulait déjà naviguer tels les grands explorateurs des siècles passés. Que la mer soit calme, triste, déchaînée ou scintillante, il l’aimait. Jean rêvait de pourchasser des trésors légendaires se trouvant sur des îles regorgeant de mille dangers.

Lire la suite « Bleue »

L’âme d’une lame

Cela faisait une éternité que j’attendais ma prochaine rencontre.
Durant tout ce temps, j’étais resté enfermé dans cette prison. Je n’avais plus que pour seul ami la poussière, que je côtoyais toujours davantage au fil des jours.
Le silence est aussi pesant que l’inaction.
C’est comme mourir tout en étant toujours accablé de mille souffrances. Je craignais que mon esprit se fige, que mon corps commence à rouiller. Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi. Plusieurs années, certainement.
Et puis un jour, on m’a délivré.

Lire la suite « L’âme d’une lame »

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑